On n’est jamais assez précis et, par tes commentaires, tu me donnes l’occasion de compléter ce que j’ai dit dans la vidéo.
Mon propos s’appliquait au contrat de collaboration et au contrat de rémunération. Sur ce plan, la robotisation ne me semble pas tuer l’emploi, comme l’on dit, si nous sommes dans une situation correspondant à celle qui est décrite dans la formation civilienne 18A. Aujourd’hui, du point de vue du contrat de travail, la robotisation supprime des postes sans forcément en recréer d’autres et en tous cas pas dans le domaine non-marchand. Elle a donc de sérieuses conséquences sur les collaborateurs qui se retrouvent au chômage avec tous les dommages que l’on sait, surtout si la robotisation touche, en même temps, de nombreuses entreprises.
Sur d’autres plans la robotisation peut engendrer des problèmes comme ceux que tu décris : le travail presse-boutons, l’ergonomie, la santé au travail, l’environnement, la qualité des produits, etc. Ces problèmes existent également indépendamment de la robotisation même si celle-ci risque fortement de les accentuer. Ceci pose deux questions :
- Comment remonter aux vrais causes des problèmes posés par chacun de ces points et comment les traiter ? Cette question touche des domaines autres que l’économie proprement dite. Dans bien des cas, c’est à la recherche en écologie, en médecine, en psychologie, en sociologie, etc., qu’il appartient de déterminer ce qui est favorable ou non au développement de la civilisation et de l’être humain. Il s’agit donc d’abord de ce qui a affaire avec la culture. Si celle-ci a les moyens de s’emparer de telles problématiques, de façon objective, toute la question sera alors : comment les résultats de ces recherches influeront-ils sur la pratique au sein des entreprises ?
- Du point de vue de l’économie, on devrait se demander : comment déterminer les prix des marchandises et des services qui tiennent compte des dommages causés par l’activité déployée par une entreprise. Le prix devrait toujours inclure la « réparation ». Pour donner un exemple simple : le prix d’un meuble devrait intégrer le coût de l’arbre à replanter, ainsi que l’équilibre de l’éco-système. De même pour les problèmes générés par la pénibilité d’un travail ou l’utilisation d’une machine. Il s’agit donc de la question centrale de l’économie, celle du prix. C’est la plus difficile et nous avons tout à faire dans ce domaine. Elle ne sera vraiment saisie que lorsque l’économie sera dépolluée des facteurs qui empêche justement que cette question apparaisse sous son vrai jour.
Michel