
Aucun gouvernement, Parlement, mouvement politique, État ou peuple, ne peut parvenir à modifier substantiellement les lois ou leurs modalités d’application, ou prendre certaines décisions, sans être immédiatement confronté au verdict des marchés financiers : dans n’importe quel domaine, toute mesure qui leur serait par trop défavorable directement ou indirectement, entraînerait inéluctablement, et ce, dans un délai court, une tendance à la réduction des investissements, à la fuite des capitaux et à une augmentation des intérêts sur les prêts qu’ils consentent.
Les billets civiliens

No Government, Parliament, political movement, State or people, can substantially modify their laws or application modalities, or take certain decisions, without being immediately confronted to the verdicts of financial markets: in whatever domain, any measure which would be too unfavourable to them, be it directly or indirectly, would inevitable lead to, and this within a very short delay, to a tendency to reduce their investments, to withdraw capital and to increase the interest rates on the loans they consent.
Entretien avec Michel Laloux. Propos recueillis par Daniel Zink
Cet article a été publié à l'origine dans la revue Kairos n°62 - Décembre 2023 - Janvier 2024
Pédagogue et économiste, Michel Laloux investigue depuis de nombreuses années des voies pour dépasser les impasses de nos sociétés, aux niveaux politique comme économique. Pour lui, une clé est un vrai transfert du pouvoir exécutif à la société civile. Dans ses publications et séminaires, il examine en détail comment les choses pourraient être alors gérées, et toutes les potentialités d’un tel chemin.

Il n’est pas simple de parvenir à l’idée que, dans la plupart des domaines, l’État ne devrait pas avoir de pouvoir exécutif. Il y a deux obstacles principaux à cette approche nouvelle du rôle de l’État.
Le premier est celui de notre représentation de l’État comme étant une structure à part de la société civile, comme s’il l’encadrait. La plupart d’entre nous se tourne, plus ou moins consciemment, vers cette structure en attendant d’elle qu’elle résolve les problèmes de la société. Ce faisant, nous légitimons la structure qui nous emprisonne. Nous devenons les gardiens de la prison dont nous sommes également les prisonniers.
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